Montagnes bleues le site d'Alain Jean-André

Ah, la poésie...

OÙ SE TROUVE LE FRINGANT MARCO ?


Où se trouve le fringant Marco ?
A-t-il cessé d’écrire la moindre ligne
lui qui composait si vite et bien ?
Est-il devenu carabinier ? (il en était capable)
S’est-il fracassé les os dans un crash
sur une route de Calabre ou des Pouilles ?
Il aimait les mots, les vins légers, l‘Antiquité
parlait de la Crète, du Minotaure
et des jambes des femmes avec lesquelles il couchait

Qu’est devenu Robert, érudit charmeur, secret ?
Vit-il à présent dans un pays du Sud ?
(il en parlait souvent, mi-sérieux mi-songeur)
Est-il toujours passionné par les fourmis ?
S’est-il suicidé dans une ville tropicale
où l’on ignorait tout de son nom ?
Le soir il fumait relax un cigarillo
et rêvait de la formation de l’univers
Toujours il préparait un voyage
sans préciser où il irait, motus bouche cousue

Et Gérard, si discret, où est-il à cette heure ?
A-t-il trouvé un lieu où concilier
son désir de bâtir et son sens critique ?
Est-il casé dans une transnationale
ou devenu gratte-papier dans une terne préfecture ?
Vit-il déjà avec sa quatrième femme
ou ronge-t-il son frein dans une ville pluvieuse ?
Il avait un faible pour les polars sud-américains
et la musique de Charles Mingus

Ces questions flottaient dans mon crâne
alors que mes yeux fixaient l’étroite route
cet après-midi gris de décembre
Michel qui aimait les chevaux, féru de tiercé
actif, ouvert, sympa
que je croisais de temps en temps
au bureau de tabac maison de la presse
venait de passer l’arme à gauche sans crier gare
Pour lui pas de mystère
c’était net, sans bavure
de quoi laisser muet
moi le premier, certain

2015

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