Montagnes bleues le site d'Alain Jean-André

Et la musiaue !

CONCERT JOHNNY WINTER À AUDINCOURT


26 mai 2014

J'ai assisté hier soir au concert de Johnny Winter dans la boîte noire du Moloco, à Audincourt.

Les semaines précédentes, j'avais du mal à croire que je pourrais rencontrer une telle légende du blues dans le lieu où se trouvait le Lumina, la salle de cinéma dans laquelle, adolescent, j'ai vu des dizaines et des dizaines de films. C'est pourquoi cette soirée n'était pas comme les autres, ce concert pas un concert comme les autres. Je n'aurai jamais imaginé que l'ancien cinéma du quartier ouvrier où habitaient mes parents, transformé en salle de concert, recevrait un jour un bluesman américain, à la voix et au style inimitable. La réalité dépassait la fiction.

Pendant les semaines qui ont précédé le concert, les journées flottaient dans une ambiance tout à fait inhabituelle. L'attente court-circuitait le train-train des jours. Le printemps connaissait une poussée inouïe. D'un seul coup, ou presque, mon adolescence et mes ans d'aujourd'hui se mêlaient d'une manière inattendue. Je vivais un raccourci saisissant, excitant, qui conduisait par moments à une ambiance électrique.

Je dois préciser que, ce printemps, j'ai écouté (ou réécouté) des morceaux de musique que je n'avais plus entendus depuis au moins 40 ans. J'ai redécouvert The Altman Brothers Band, Mike Bloomfield, et bien d'autres musiciens que j'avais perdus de vue depuis belle lurette ; j'ai réentendu des morceaux du début des années 60 et 70, avec étonnement et plaisir, un vrai régal, et j'ai beaucoup réécouté de blues. Oui, du blues, cette musique que j'avais crue uniquement noire ; mais, à la suite d'un accident de moto à Paris, qui m'avait contraint à passer une semaine d'observation à l'hôpital Boucicaut, mon infortuné compagnon de chambre m'avait parlé de John Mayall, des Blues Brakers, des Creams, du blues blanc, d'un univers musical que je ne connaissais pas. J'étais sorti de l'hôpital sans grands dommages, en fait sauvé par le casque, avec des pistes du blues que j'ai suivies les années suivantes. Ce fut le seul virus contracté à l'hôpital.



J'ai donc vu et entendu Johnny Winter. Il est resté sur scène un peu plus d'une heure. J'ai entendu les standards qu'il rejouait pour le plaisir de ses aficionados. André m'avait dit qu'il n'y aurait peut-être que quatre pelés. Quand on s'est approchés de l'entrée, on a pu voir sur le trottoir une file de spectateurs qui ne finissait pas : on se serait cru à l'entrée du Filmore East, à New York, dans les années 70. Le concert affichait complet.

On a suivi la queue, en progressant très lentement, jusqu'à la porte d'entrée, pour le contrôle des billets et le coup de tampon, et, dans la boîte noire de la salle de concert, je n'ai pas vu Johnny Winter de loin, sur une scène inaccessible, me tenant difficilement au milieu de la foule ; je suis allé tout près de la scène, le musicien albinos était assis à quelques mètres devant mes yeux. J'ai regretté de ne pas avoir apporté mon appareil photo, j'aurais pu prendre beaucoup d'images, j'étais placé sous un angle idéal ; mais, je n'aurais pas vu et entendu de la même manière le concert.

En fait, j'ai regardé et écouté Johnny Winter, un guitariste et chanteur de 70 ans, qui a vraiment cassé la baraque quand il était jeune. André m'a dit dans la voiture, sur la route du retour, dommage qu'on ne l'ait pas vu avec 20 ans de moins ; je pensais, avec 30 ans de moins. La machine à remonter le temps n'existe pas encore, sinon sous forme de vidéos. Quand on voit et entend sur les images ce que Johnny Winter faisait quand il était jeune, on a sous les yeux une source d'énergie incandescente.

On a donc vu et entendu Johnny Winter, cette légende du blues et du rock. On a été entraînés par le rythme, on a senti l'ambiance monter dans l'assistance, surtout quand des spectateurs ont chanté ou tapé dans leurs mains. Il y avait, bien sûr, beaucoup de gens de mon âge, des cheveux blancs, mais aussi des plus jeunes. On a vu le vieux bluesman sur scène, certains moments furent pathétiques. Avant d'entrer sur scène, Johnny Winter a lancé un cri de derrière le rideau, il a marché penché en avant vers sa chaise, et il s'est mis à jouer. Sa manière de jouer une phrase à la guitare, accompagné avec plus de vigueur par Paul Nelson, le guitariste qui l'accompagnait, sa façon de chauffer la salle avec des rythmes de l'autre côté de l'Atlantique, ramenaient dans la salle une magie en train de se dissoudre dans des décennies lointaines et mythiques, on le sait bien, on le sent bien, de nos journées sèches et rêches, hantées par les vieux démons qui mènent au pire chaos. Les vieux routiers qui résidaient dans l'agglomération et ont suivi des festivals des années 70 et des concerts dans la région, ont retrouvé une atmosphère jubilatoire, des moments forts où le blues et le rock avaient la part belle. C'était encore une époque de bricolage, de légèreté, avec des groupes qui n'avaient pas besoin d'un matériel dément. Mais quelque chose se passait avec cette musique, un espéranto se propageait sans longs discours, ce n'était pas seulement une musique que l'on consomme, c'était plus. Ce soir-là, on s'en est rendu compte, encore une fois.

Johnny Winter, au Moloco, ce fut un grand moment, un rêve devenu réalité, plus d'une heure arrachée aux limites et au flux du temps. Ce jour-là, les rythmes du sud des États-Unis ont traversé l'Atlantique, chargés d'accents à la Muddy Waters et à la B. B. King, aussi de ceux des Rolling Stones. La vie n'était pas morte, elle continuait, avec sa charge sans cesse renouvelée, son dynamisme et sa vie rayonnante.


18 juillet 2014

ZÚRICH (Reuters) - Johnny Winter, an American blues rock guitarist, vocalist and band leader known for his virtuoso slide-guitar solos and raspy vocals, was found dead in a hotel room outside Zurich, Swiss police said on Thursday. He was 70.

Le communiqué sec de l'agence Reuters ne laisse pas de doute. Johnny Winter, qui effectuait une tournée en Europe pour fêter ses 70 ans, est décédé dans l'hôtel où il était descendu aux environs de Zurich.


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