Montagnes bleues le site d'Alain Jean-André

Ici & là

LA MACHINE À ÉCRIRE


« Dommage de ne pas employer la messagerie électronique pour communiquer avec vos clients », avais-je fait remarquer au propriétaire de l’hôtel.

J’avais en tête le fax de réservation qu’il nous avait expédié, visiblement tapé avec une vieille machine à écrire. Il me précisa n’être pas assez familiarisé avec ce mode d’échange. Pourtant, il semblait le connaître. Il m’expliqua avoir acheté des estampes et des objets d’occasion en Angleterre, mais il avait connu des déboires ; si je comprenais bien, il y avait eu, ou il avait fait, une erreur dans la transaction (peut-être une erreur de change), ce qui l’avait rendu méfiant. Il désirait pourtant acheter des meubles, des antiquités dans d’autres pays, afin de poursuivre l’aménagement de l’hôtel et de son appartement.

Dans le feu de la discussion, il ouvrit devant moi une porte et me fit entrer dans la pièce qui lui servait de bureau. Il me montra, posée sur une table basse, la machine à écrire Olivetti avec laquelle il avait rédigé son fax, une machine des années 1960, aux lignes proches de ma portative Japy de la même époque. Son antiquité ressemblait énormément à la mienne. Italiennes ou françaises, ces petites merveilles de mécanique croupissent à présent chez les collectionneurs et dans des musées.

Je ne sais plus dans quel endroit j'ai laissé ma Japy. Je me souviens seulement l’avoir achetée à un prix d’usine, par l’intermédiaire d’une ouvrière, et l’avoir utilisée plusieurs années. Il y a longtemps que l’usine qui l’a fabriquée a fermé, comme beaucoup d’autres, et que ma machine à écrire a été abandonné dans un grenier ou dans une cave.


© Alain Jean-André - Droits réservés.
in Retours au lac Majeur, Aller simple, 2017.